Refuser une régression de l’égalité

L’initiative soumise au peuple suisse demande l’interdiction de se cacher le visage sur la place publique, hormis dans les cas de manifestations telleque par exemple le carnaval ou si cela découle de raisons médicales. Cette disposition vise aussi bien les personnes qui manifestent le visage caché comme le font systématiquement les casseurs de tous bords (par exemple le black bloc) que le port du niqab ou de la burqua.

Je limiterai mon propos sur ce point de l’initiative. Si la burqua (qui cache le visage sous une sorte de treillis) est peu fréquente chez nous, le niquab lui (qui ne laisse qu’une petite ouverture pour les yeux) est de plus en plus fréquent et pas seulement dans les régions touristiques.

Cet habillement est la marque d’un asservissement de la femme et ne respecte pas les valeurs de notre culture occidentale. Chez nous, on montre son visage, on regarde son interlocuteur et on se serre la main. Ces valeurs de base du vivre ensemble ne sont pas négociables. Je ne peux pas croire qu’une femme libre choisisse de porter volontairement cette prison ambulante, hormis celles qui le font par pure provocation, mais il s’agit là d’une toute petite minorité.

Les femmes de notre pays ont lutté durant des décennies pour obtenir l’égalité  des droits. Elles n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1971, sur le plan fédéral et la reconnaissance de l’égalité dans le couple et la famille lors de l’entrée en vigueur du nouveau droit matrimonial en début des années huitante.

Même s’il reste beaucoup à faire, le succès de la grève des femmes du 14 juin 2019 l’a démontré, il est fondamental de lutter contre toute menace de régression de la situation des femmes vivant dans notre pays. Or, le port du niqab ou de la burqua est une régression inacceptable. C’est le signe le plus visible et le plus provocant d’une soumission contrainte par la volonté d’autrui. Quelle logique y a-t-il à participer à la manifestation du 14 juin et revendiquer haut et fort la réalisation complète de l’égalité dans tous les domaines et accepter que des femmes portent cet habillement ?

Pour illustrer mon propos, je citerais le refrain de la magnifique chanson de Pierre Perret « La femme grillagée » que je recommande à chacun d’aller écouter :

Quand la femme est grillagée

Toutes les femmes sont outragées

Les hommes les ont rejetées

Dans l’obscurité.

Pour marquer un refus net à cette menace de régression de nos droits et par solidarité avec toutes les femmes qui dans certains pays sont agressées, défigurées (à l’acide souvent) simplement parce qu’elles montrent leur visage et vont à l’école, j’accepterai cette initiative.

Enfin, je pense qu’on peut ne pas aimer la manière dont une question est posée, ni apprécier ceux qui la posent ; mais répondre le contraire de ce que l’on croit pour cette seule raison est un flagrant manque de courage.

Marlyse Dormond Béguelin

Ancienne conseillère nationale

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