Entorse au principe de l’égalité

Le système suisse de la démocratie directe a apporté beaucoup en matière de défenses des droits des habitants de notre pays, qu’ils soient citoyens ou étrangers. Parmi ceux-ci, j’accorde une importance primordiale à l’égalité entre hommes et femmes. Sous cet angle, dissimuler le visage des femmes sous un voile ne doit pas être considéré comme une liberté liée, par exemple à l’exercice d’une religion. Elle constitue au contraire une atteinte à l’intégrité des femmes, une grave entorse au principe de l’égalité et, au fond, une contrainte. Notre système juridique et social ne doit pas reconnaître les contraintes librement consenties, que ce soit en faveur d’une communauté religieuse, nationale ou autre. Des dizaines d’années d’actions ont été nécessaires pour obtenir une pleine consécration du principe d’égalité entre hommes et femmes dans notre pays, et cela n’est encore pas parfait.  Considérer aujourd’hui le port du voile comme normal en Suisse constituerait un retour en arrière et à remettre en cause les acquis de ces conquêtes pour tout un pan de la population que l’Etat abandonnerait à des règles qui ne sont pas celles de la collectivité. A cela s’ajoute que dissimuler le visage de certains membres de la société heurte nos traditions et les usages culturels de la Suisse. Y trouver une quelconque justification sous l’angle de l’accueil et de l’ouverture à d’autres cultures est un leurre et ne favorise en rien l’intégration qui, au contraire postule, l’adhésion à un minimum de valeurs de la société suisse. Personne n’ignore les pressions énormes auxquelles sont exposées les femmes qui prétendent porter librement le voile et qui, en réalité, n’ont bien souvent pas d’autre choix que d’obéir aux contraintes de certains milieux. Contraintes que l’ordre juridique suisse ne doit pas légitimer sous peine de favoriser le communautarisme. L’intégration, l’accès à la formation, l’insertion dans la société ne sont possibles qu’à visage découvert, il en va de la cohésion sociale dans notre pays. C’est pour ces raisons, dans un état constructif et de réelle ouverture à l’autre que  je soutiens l’initiative, et je le fais « A visage découvert ».

Raoul Jaeggi

ancien député PDC

actuellement député indépendant au Parlement jurassien.

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